Cuir vegetalien c est quoi : zoom sur les nouvelles matières qui bousculent l’industrie de la mode

Cuir vegetalien c est quoi : zoom sur les nouvelles matières qui bousculent l’industrie de la mode

Le cuir végane est partout. Sur les fiches produits, dans les campagnes de pubs, sur les réseaux. Sneakers, sacs, vestes, même sièges auto : tout le monde semble s’y mettre. Mais derrière ce terme un peu fourre-tout, on trouve des réalités très différentes. Certaines matières sont vraiment innovantes, d’autres sont surtout du marketing repeint en vert.

Si tu achètes du cuir (ou que tu l’évites) pour des raisons éthiques, écologiques ou de style, ça vaut le coup de savoir ce qu’il y a vraiment derrière l’étiquette “cuir végétalien”. On fait le tri entre les vraies alternatives et les fausses bonnes idées.

Le cuir végétalien, c’est quoi exactement ?

Le “cuir végétalien” (ou “vegan leather”) désigne toutes les matières qui imitent l’aspect et parfois le toucher du cuir animal, mais sans utiliser de peau d’animal.

En pratique, on trouve deux grandes familles :

  • Les cuirs synthétiques classiques : à base de plastique (PU, PVC, etc.)
  • Les cuirs “bio-sourcés” : à base de plantes, de déchets agricoles ou de champignons

Sur le plan légal, en France et en Europe, le mot “cuir” est normalement réservé aux peaux animales. C’est pour ça que tu vois souvent des termes comme “similicuir”, “skaï”, “matière végétale”, “dessous en polyuréthane”… ou des formulations tellement vagues qu’on ne sait plus de quoi on parle.

Morale : “végane” ne veut pas dire écologique par défaut. Ni durable. Ni respirant. C’est juste un indicateur : pas d’animal. Le reste dépend totalement de la matière utilisée et de la manière dont elle est produite.

Pourquoi tout le monde se met au “cuir” sans animal ?

Si les marques se jettent dessus, ce n’est pas uniquement par amour des vaches.

  • Pression éthique : les vidéos d’abattoirs et d’élevages intensifs ont fait bouger les lignes. Une partie du public ne veut plus porter de peau animale, surtout en ville et dans les jeunes générations.
  • Pression environnementale : le cuir animal, c’est élevage (donc émissions de gaz à effet de serre, déforestation parfois) + tannage souvent très polluant (chrome, produits chimiques, eaux usées).
  • Pression marketing : “vegan”, “green”, “eco-friendly”… Ça se vend bien, surtout si c’est associé à un style urbain, propre, moderne.
  • Pression réglementaire : de plus en plus de pays encadrent les produits chimiques du tannage, ce qui pousse l’industrie à chercher d’autres solutions.

Résultat : explosion de nouvelles matières. Certaines sont prometteuses, d’autres sont juste du plastique rebrandé avec un storytelling “à base de maïs” ou “d’huile végétale” en tout petit pour faire passer la pilule.

Les “faux cuirs” plastiques : les plus répandus, les plus trompeurs

Commençons par la base : la plupart des “cuirs vegans” abordables qu’on voit aujourd’hui, notamment en fast-fashion, sont tout simplement des matières plastiques.

Les deux grands classiques :

  • PU (polyuréthane) : le plus répandu. Souple, plutôt agréable au toucher, peut imiter correctement le cuir. On le trouve partout : baskets, sacs, vestes, ceintures.
  • PVC (chlorure de polyvinyle) : plus rigide, moins respirant, souvent moins qualitatif. Utilisé sur des pièces bon marché ou très structurées.

Niveau avantages :

  • Prix bas, voire très bas
  • Look cuir acceptable à distance
  • Facile à entretenir (un coup de chiffon)
  • Aucun composant animal

Niveau inconvénients :

  • C’est du pétrole : donc dépendant des énergies fossiles, difficilement recyclable, problèmes de microplastiques.
  • Durée de vie limitée : le PU se fissure, pèle, craque avec le temps. Tu l’as sûrement déjà vu sur une paire de sneakers ou un sac “cuir” type entrée de gamme.
  • Respirabilité quasi nulle : dans une veste ou des chaussures fermées, ça peut vite devenir sauna.
  • Vieillissement peu esthétique : là où un vrai cuir se patine, un simili se désagrège.

Pour résumer : plastique végane ou pas, ça reste du plastique. Si ton objectif est uniquement de ne pas porter d’animal, pourquoi pas. Si tu cherches un achat durable et vraiment plus responsable, c’est beaucoup plus discutable.

Cuir d’ananas, de pomme, de cactus… Qu’est-ce qui change vraiment ?

Depuis quelques années, une nouvelle génération de matières a fait son apparition : à base de végétaux, de déchets agricoles ou de sous-produits de l’industrie alimentaire. C’est là que ça devient intéressant.

On voit passer plusieurs noms :

  • Piñatex (ananas)
  • AppleSkin ou alternatives à base de pomme (déchets de l’industrie du jus)
  • Desserto (cactus)
  • Cuir de raisin (marc de raisin de l’industrie du vin)
  • Cuir de maïs, de banane, etc.

La promesse : utiliser des déchets végétaux qui auraient été jetés pour créer une matière qui ressemble au cuir. Sur le papier, c’est malin. Mais dans la réalité, il y a quelques zones grises.

Le point clé : ces “cuirs” végétaux ne sont presque jamais 100 % végétaux. Pour que la matière soit solide, souple et durable, on ajoute très souvent :

  • Une part de PU (polyuréthane)
  • Ou d’autres liants synthétiques

Exemple : un “cuir de pomme” peut être composé à 30–50 % de résidus de pomme, le reste étant du plastique et des additifs. D’un point de vue marketing, on va insister à fond sur “matière à base de pomme”, alors qu’en réalité, tu as toujours du plastique dans le produit.

Est-ce que c’est mieux que du PU classique ? Ça dépend :

  • Oui, si on utilise vraiment des déchets qui auraient été brûlés ou jetés, et qu’on réduit la part de pétrole.
  • Non, si la part végétale est ultra faible et sert surtout d’argument commercial.

En tout cas, pour un consommateur urbain qui veut faire attention à ce qu’il achète, la question à poser est simple : “C’est composé de quoi exactement, en pourcentages ?” Si la marque ne répond pas clairement, méfiance.

Les cuirs de champignons : la nouvelle star de la tech textile

Autre piste très surveillée : le cuir de mycélium, c’est-à-dire à base de racines de champignons. Là, on est moins dans l’anecdote “cuir de mangue” et plus dans la vraie innovation industrielle.

Plusieurs startups bossent dessus, parfois avec de grosses marques luxe ou sport :

  • Mylo (soutenu un temps par adidas, Stella McCartney, etc.)
  • Reishi (Bolt Threads)
  • D’autres projets en Europe et en Asie

Les promesses du cuir de champignon :

  • Culture en laboratoire ou en ferme verticale, sans élevage animal
  • Consommation d’eau et de terre beaucoup plus faible que l’élevage
  • Possibilité d’obtenir une matière dense, résistante, proche du cuir haut de gamme
  • Potentiellement biodégradable si la formulation est propre (sans trop de plastique)

Le problème actuel : c’est cher, complexe à industrialiser, pas encore massif. Plusieurs projets ont déjà pris du retard, voire été mis en pause, parce que passer du labo à la production à grande échelle, ce n’est pas la même histoire.

Mais à moyen terme, c’est une des pistes les plus crédibles pour des pièces de qualité, surtout côté luxe et accessoires premium.

Cuir animal vs cuir végétalien : qui est “le moins pire” ?

Si on parle uniquement d’éthique animale, la réponse est simple : les alternatives véganes gagnent par K.O. Là-dessus, aucune discussion.

Mais si on rajoute l’angle environnemental et la durée de vie, c’est plus nuancé.

Le cuir animal, c’est :

  • Un sous-produit de l’élevage (qui existe surtout pour la viande et le lait)
  • Une matière très résistante quand elle est bien traitée et entretenue
  • Un impact fort sur le climat lié à l’élevage bovin
  • Souvent un tannage chimique (chrome) assez sale, sauf cas de tannage végétal

Le cuir végane plastique, c’est :

  • Pas d’animal tué pour la matière
  • Un impact lié au pétrole et au plastique (production + fin de vie)
  • Une durée de vie souvent plus courte
  • Un recyclage compliqué, voire inexistant

Les nouveaux cuirs végétaux, c’est :

  • Pas d’animal
  • Un impact potentiellement plus faible si la part végétale est importante
  • Des technologies encore jeunes, pas toujours stables en qualité
  • Une opacité fréquente sur la part de plastique utilisée

En clair, il n’y a pas encore de solution parfaite. On est sur du “moins pire” selon tes priorités :

  • Ethique animale maximale → matières véganes, en privilégiant celles à forte part végétale
  • Durabilité maximale → bon cuir animal bien tanné ou alternatives haut de gamme vraiment solides
  • Empreinte globale réduite → matières végétales bien sourcées, transparentes, produites localement si possible

Comment repérer le greenwashing quand tu fais du shopping ?

Entre storytelling et réalité, il y a souvent un écart. Pour limiter les achats “pièges”, quelques réflexes simples :

  • Regarder la composition détaillée
    Si tu ne vois que “matière synthétique” ou “matière végétale” sans chiffres, c’est mauvais signe. Cherche les pourcentages : X % de pomme, X % de PU, etc.
  • Se méfier des étiquettes trop vagues
    “Eco-leather”, “vegan luxury”, “respectueux de l’environnement” sans aucun détail technique, ça sent la cosmétique marketing.
  • Observer le prix
    Une paire de “baskets vegan” à 29 € ne peut pas reposer sur une matière hyper innovante produite en petite série. C’est quasi forcément du PU ou PVC.
  • Chercher la traçabilité
    Les marques sérieuses expliquent : d’où vient la matière, comment elle est fabriquée, par qui, avec quels labels (OEKO-TEX, PETA-Approved Vegan, etc.).
  • Regarder les retours d’usure
    Les avis clients sur 6–12 mois sont précieux. Si tout le monde signale que la matière pèle au bout d’un hiver, tu connais la suite.

L’idée, ce n’est pas de viser la pureté totale, mais d’éviter les achats responsables “sur le papier” qui finissent à la poubelle au bout d’un an.

Et dans le streetwear, qu’est-ce qui bouge vraiment ?

Côté culture urbaine et sneakers, le cuir végane commence à s’installer, mais pas toujours là où on l’attend.

On voit plusieurs mouvements :

  • Les collabs “green” des grosses marques
    Certaines grandes enseignes sortent des capsules “éco-responsables” avec du cuir de cactus, de pomme ou autre. Souvent en quantités limitées, plus pour l’image que pour basculer tout leur catalogue. Ça donne des paires vitrines, intéressantes à suivre, mais pas encore la norme.
  • Les petites marques engagées
    De nouveaux labels de sneakers ou de maroquinerie misent à fond sur les cuirs végétaux, avec un discours très transparent sur les matières. Ce n’est pas toujours parfait, mais au moins le débat est ouvert et on sait ce qu’on achète.
  • Le come-back du synthétique assumé
    Certaines marques ne se cachent pas : elles utilisent du PU, point. Pas d’histoire d’ananas ou de raisin. C’est discutable écologiquement, mais au moins le message est clair : pas de cuir animal, mais oui, c’est du plastique.

Dans tous les cas, l’enjeu pour les marques urbaines est le même : proposer des produits stylés, résistants, avec une histoire cohérente. Si la matière ne tient pas plus de deux saisons, le discours “responsable” ne tient pas non plus.

Tu veux acheter du cuir végétalien ? Les bonnes questions à te poser

Avant de passer en caisse, en ligne ou en boutique, tu peux te poser quelques questions très simples :

  • Pourquoi je veux du cuir végane ?
    Pour l’éthique animale ? Pour l’écologie ? Pour le prix ? Selon la réponse, tu ne vas pas regarder les mêmes produits.
  • Est-ce que la marque est transparente sur la matière ?
    Si la fiche produit donne les pourcentages et le type de liant utilisé, c’est un bon point. Si tout est flou, c’est qu’il y a probablement un truc à cacher.
  • Est-ce que la pièce va vraiment durer ?
    Chaussures, sacs, vestes : mieux vaut un achat un peu plus cher qui tient cinq ans qu’un simili qui craque au bout d’un an.
  • Est-ce que ça correspond à mon usage réel ?
    Si tu portes ta paire tous les jours, la résistance compte autant que le discours marketing. Si c’est une pièce occasionnelle, tu peux accepter parfois une matière un peu moins robuste.

Au final, la question n’est pas seulement : “C’est végane ou pas ?” mais : “Qu’est-ce que ça change vraiment dans la vraie vie, pour l’animal, pour la planète, et pour moi qui le porte ?”

Vers quoi on se dirige dans les prochaines années ?

L’industrie n’en est qu’au début. On voit déjà quelques tendances lourdes se dessiner :

  • Moins de cuir animal bas de gamme
    Le cuir d’entrée de gamme pourrait être progressivement remplacé par des alternatives synthétiques ou végétales, surtout dans la fast-fashion.
  • Un cuir animal plus rare, plus haut de gamme
    Réservé aux pièces premium, avec un travail sur le tannage plus clean, une meilleure traçabilité, un argument “durabilité” assumé.
  • Des cuirs végétaux qui montent en gamme
    À mesure que les technologies mûrissent, on verra arriver des matières non animales capables de réellement concurrencer un beau cuir en termes de toucher et de longévité.
  • Un consommateur plus exigeant
    Les acheteurs urbains s’informent de plus en plus. Les marques qui se contentent d’écrire “vegan” sans rien derrière vont être rapidement démasquées.

Le cuir végétalien ne va pas “remplacer” du jour au lendemain tout le cuir animal. Mais il bouscule déjà l’industrie, oblige les marques à se justifier, à innover, et à arrêter de considérer que la peau animale est la seule option “noble”.

En attendant que la technologie rattrape totalement la promesse marketing, le meilleur réflexe reste le même que pour le reste de ta garde-robe : acheter moins, mais mieux, en sachant ce que tu achètes vraiment. C’est là que le cuir végétalien – le bon, pas celui en pur plastique déguisé – commence à devenir intéressant.